Poème pour le temps présent

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière

 

Il m’a fallu longer les sentiers d’hier, en piètre guerrière

Traverser les heures et les heures, m’épuiser en colères.

Il m’a fallu me cogner à la vie, au réel de la nuit qui vient

Louve et féline, soir et matin, hurler aux temps covidiens.

 

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière

 

Rien n’y faisait, ni le temps qui passait, ni les gens, ni l’amour

La nuit était trop noire. Epaisse. Nuit abyssale en zemmour.

En femme de rien et flamme de tout, je divaguais, je râlais,

Je criais, je boudais, je devenais qui je ne suis pas, je m’éteignais.

 

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière

 

Un matin, matin de rien, matin brun quand même à l’horizon,

Sans tambour, ni clairon, seulement moi et moi à l’unisson,

Et puis toi aussi, tout près. Toi et toi là-bas qui m’appellent

M’interpellent, me chavirent à me prendre sous vos ailes.

 

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière

 

Mes yeux en ont fini de s’embrumer, ma bouche d’écumer

L’obscurité qui m’avait assommée de son poids, m’a ranimée.

J’avance depuis, fragile mais rusée, un pas devant l’autre, en prière

A espérer les temps de lumière qui inonderont mon champ de bruyère.

 

Martine Lacour Masvigner

09 /11/ 2020