Ateliers de Philosophie AGSAS®

Depuis 1996, l'AGSAS a conçu un atelier de philosophie pour les enfants... et tous les âges !

D'abord pensé pour des enfants d'âge scolaire, l'atelier est maintenant mis en oeuvre dans des lieux très divers : en formation d'adultes, en prison, avec des éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse... 

 

L'AGSAS est membre de la Chaire UNESCO "Pratiques de la philosophie avec les enfants" 

 

Le colloque AGSAS d'octobre 2018 et la revue d'avril 2019 portent sur le thème des ateliers de philosophie :

" Les ateliers de Philosophie AGSAS ; penser ensemble, dès l'enfance, la condition humaine "

 

 


Qu'est-ce qu'un atelier de Philosophie AGSAS ? 

 

Parmi les différents courants d’ateliers de philosophie qui sont proposés aux enfants, les Ateliers de Philosophie AGSAS®, créés par Jacques Lévine, docteur en psychologie, chercheur et psychanalyste, Agnès Pautard, enseignante, et Dominique Sénore, IEN, sont tout à fait particuliers, tant par leurs objectifs que par le cadre dans lequel ils se déroulent. 

Ils ont été conçus en 1996 dans un double but : 

- introduire au sein d’un groupe un moyen de développer chez les enfants une autre façon d’être en lien avec eux-mêmes, avec les autres enfants du groupe, avec les adultes qui les encadrent, avec les apprentissages et avec le monde dans lequel ils vivent 

- permettre aux adultes présents, en tant qu’observateurs silencieux, de changer de regard sur eux et par conséquent de mieux prendre en compte le potentiel que chacun révèle lors de ces ateliers.

 

Une place valorisante

 

Si l’on pouvait trouver le moyen de redonner confiance à certains enfants et aux adultes qui les encadrent, et leur permettre de coopérer pour l’avenir des enfants, chacun serait beaucoup moins affecté par certaines critiques et retrouverait une place valorisante dans la société. 

Mais pour faire alliance avec l’école et le savoir, il faut permettre à l’enfant de prendre conscience de ses propres capacités, du potentiel qu’il porte en lui et de ses possibilités. 

« Pour apprendre, l’enfant a besoin de se sentir regardé et vécu aux deux sens du mot sujet : le sujet social parmi d’autres et celui qui a une intériorité » (Jacques Lévine). Il a besoin d’être reconnu comme ayant de la valeur, de compter aux yeux des autres. Cette alliance n’est possible que si l’apprenant peut faire un lien entre la connaissance transmise par l’école et la vie telle qu’elle est vécue hors de l’école, aussi bien « pour les phénomènes physiques que les phénomènes relationnels et sociaux ». 

Cela nécessite la rencontre avec des adultes capables de porter un regard positif sur chacun, sachant que tout enfant ayant un comportement dérangeant dans un groupe nous montre une image réactionnelle à une dimension accidentée, mais qu’il existe une dimension intacte dont il suffirait de prendre conscience pour inscrire l’enfant dans un projet d’avenir progrédient. 

 

Il est donc d’une grande importance de trouver les conditions favorables à une adhésion qui permettrait aux enfants de découvrir, et de pouvoir présenter, une image positive d’eux-mêmes, et d’envisager un regard nouveau sur la place qu’ils occupent dans le groupe. 

 

L’enfant naturellement philosophe 

 

Il semble donc important de permettre à l’enfant de satisfaire ce besoin naturel d’apprendre sur le monde et la Condition Humaine. Jacques Lévine démontre dans son livre L’enfant philosophe, avenir de l’humanité ? que « l’enfant est naturellement philosophe » et nous invite à « l’inciter à pénétrer audacieusement dans le champ des grandes questions sur la vie, qui préoccupent les hommes ». 

L’enfant ou l’adolescent, nourri de sa culture, son éducation, ses croyances, son vécu… ne peut s’aventurer librement dans cet espace, que si c’est un « espace hors menace », en lui accordant toute la confiance nécessaire, en l’assurant que nous le reconnaissons comme un « être de pensées » et en lui permettant d’investir un statut différent de celui qu’il investit habituellement, le statut de toute personne qui s’interroge sur la Condition Humaine, à « hauteur d’humanité ». 

Les enfants, libérés de la dimension évaluable de leur pensée et de leur parole, bons ou mauvais élèves, en rupture ou non avec l’école, vont accepter cette proposition, immédiatement, avec enthousiasme pour certains, après un temps de méfiance et d’observation pour d’autres. 

 

Le plaisir de penser

 

Ils vont alors découvrir leur aptitude à penser par eux-mêmes et le plaisir que cela procure. Ils constateront qu’ils ont besoin de temps, de silence et de concentration sur le thème proposé pour réfléchir et construire un énoncé satisfaisant pour eux et pour chacun des membres du groupe et compréhensible par tous. Ils découvriront alors le « langage oral interne », mais aussi l’exigence qu’ils doivent s’appliquer pour trouver les formes lexicales et syntaxiques qui leur permettront de placer leur parole au plus près de leur pensée : les ateliers permettent aux enfants d’explorer les rapports entre pensée et langage. 

Ils deviennent alors « co-responsables des problèmes de civilisation », en acquérant la position de « sujets producteurs de pensée » et se sentent responsables de la bonne marche du monde. Ils sont fiers d’appartenir à l’humanité, d’en être les porte-parole, les héritiers et d’avoir à transmettre cet héritage. Leur confiance en eux s’en trouve modifiée et certains enfants habituellement « extérieurs au groupe » se dégagent progressivement de leur marginalisation. Enfin, le plaisir de la réflexion intellectuelle, de la découverte, de la recherche collective va les amener à exprimer le désir de croiser ces pensées avec celles d’autres enfants, des adultes et avec celle des écrivains ou penseurs. 

En effet, « l’atelier de philosophie établit une relation de solidarité intellectuelle, chacun se nourrissant de la pensée des autres et réciproquement » (Annick Perrin). 

 

Une formation du citoyen

 

On pourrait penser que cette méthode a des effets psychologiques sur les élèves, mais qu’on ne se situe pas dans une formation à la philosophie. Mais qu’on se détrompe. Les enjeux et les compétences développées sont multiples, à la fois, et avant tout, philosophiques et psychologiques mais aussi d’ordre pédagogique et un axe important pour la formation du citoyen. 

Le protocole peut paraître simple, voire simpliste, mais il n’en est rien, chacun de ses éléments étant chargé d’un symbolisme important. Il est donc nécessaire, afin de comprendre les objectifs et d’avoir des attentes qui leur correspondent, de suivre une formation pour animer un Atelier de Philosophie AGSAS®.

 

Pour aller plus loin : 

L’enfant philosophe, avenir de l’humanité ? Ateliers AGSAS de réflexion sur la condition humaine (ARCH), Jacques Lévine, G. Chambard, M. Sillam et D. Gostain, ESF, 2008. 


Un atelier philo enfants-parents

Un exemple d'atelier... un peu ancien !

Ce film a été tourné il y a dix ans. À cette période, les enseignants avaient préféré appeler les Ateliers de Philosophie AGSAS, "Ateliers de réflexion sur la condition humaine." Cela passait mieux ! Depuis ce temps, des choses ont changé et les ateliers portent  aujourd'hui leur spécificité dans leur nom : Ateliers de Philosophie AGSAS pour ce qui concerne les ateliers de philosophie et Ateliers Psycho-Lévine pour ce qui concerne les ateliers de psychologie.  Quant au cadre, il a légèrement évolué. Le groupe de réflexion sur les ateliers, au sein de l'AGSAS,  a pris en compte certaines observations et a redéfini les INVARIANTS  de ces Ateliers de Philosophie AGSAS qui font la spécificité de la méthode. Ils sont un peu différents de ce que montre ce film.



Ateliers de philosophie et démocratie 

Le lien entre philosophie et démocratie était le thème des 18èmes Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques organisées par la Chaire UNESCO les 23 et 24 novembre 2019 à Genève.

Voici la contribution de l'AGSAS à cette réflexion. 

 


Témoignages 

 1) - Des participantes aux 18èmes Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques  (Genève, 2019) évoquent leur rencontre avec les Ateliers de Philosophie AGSAS :

 

« J’ai commencé à pratiquer vos ateliers il y a deux mois et c’est comme si c’était magique parce que c’est une vraie merveille ! J’ai très vite compris qu’il ne s’agissait pas de les mettre en relation avec des concepts qui sont travaillés par la suite, de telle manière à laisser toute la liberté aux enfants dans les ateliers et qu’ils sentent simplement qu’ils touchent ponctuellement leur pensée, c’est le moment où les enfants peuvent prendre contact avec les pensées qui se forment et les affects qui se mettent en relation et il n’y a pas à intervenir là-dedans. J’ai des élèves âgés de six ans à l’âge de douze ans. »

 

« Moi, je travaille sur la philosophie, plutôt l’éthique. Je fais une thèse là-dessus. Au début j’étais partie plutôt sur le courant Tozzi et puis j’ai vu que, par rapport à l’éthique il y a un rapport à soi qui ne me satisfaisait pas. Du coup j’ai regardé les autres courants qui existaient, et j’ai participé à une rencontre de l’AGSAS il y a un mois et demi, à Toulouse, et ça m’a vraiment montré combien dans la méthode Lévine, le lien à l’autre, ce sur quoi je travaille, est présent. Du coup j’ai contacté des enseignants qui travaillent avec l’AGSAS et depuis, je m’interroge sur l’éthique dans cette façon d’appréhender la philosophie. Pour la démarche éthique je me base sur la définition de Ricœur, avec le lien à l’autre. »  

 

« Je m’intéresse à votre stand parce que je donne un cours de didactique et de « didactique philosophique et citoyenneté » en Belgique et je pratique, depuis cette année, des ateliers de philosophie Lévine dans ma classe. En fait je ne les pratiquais pas du tout, parce que depuis ma thèse de doctorat, j’avais un a priori, j’ose le dire négatif, et pratiquant par moi-même, c’est ce qui fonctionne le mieux. Cette idée de méditation partagée, c’est un bonheur en classe. Les étudiants sont vraiment tous impliqués dans la tâche. Au début, le fait que moi, je ne participe pas et que je me retire, ils cherchaient toujours un peu mon approbation, mais en fait ça me permet vraiment d’enclencher tout un processus d’apprentissage du philosopher par la suite. Par exemple j’utilise le mot inducteur « mentir » et on travaille ensuite sur la notion de vérité et grâce à l’atelier, ça donne des résultats pertinents, car ils s’impliquent totalement. Une amie m’a offert un très beau bâton de parole qu’elle a fabriqué et on a travaillé sur la symbolique de ce bâton. »

 

« J’ai préparé et obtenu le DU sur les pratiques philosophiques et j’y ai rencontré l’AGSAS lors d’une démonstration d’un atelier que nous avons tous vécu. J’ai beaucoup apprécié ce mouvement, la non intervention de l’animatrice, j’ai trouvé ça très vivant, très porté sur l’intériorité parce qu’on s’appuie aussi sur ce que dit l’autre et en même temps notre pensée avance. Le bâton passe plusieurs fois. Il y a une présence-retrait de l’animatrice que je trouve intéressante dans ces ateliers. J’avais aussi assisté à l’UNESCO à une démonstration avec des élèves de seconde de lycée professionnel. C’était exceptionnel !  On voit bien leur difficulté à s’exprimer avec des grandes phrases, c’était d’abord des mots qui jaillissaient et au fur et à mesure c’est devenu de l’expression de soi, c’était sur la liberté, je crois bien, ils prenaient le risque du « je pense que ». J’ai trouvé cela vraiment intéressant. C’est une méthode qui permet de se connaître par la pensée, ça se fait naturellement. La pensée collective finit par construire sa propre pensée.  Quand j’ai moi-même vécu l’atelier dans le DU, je me souviens qu’au début j’avais eu très peur,  je me demandais ce que j’allais dire,  puis au fur et à mesure, je me suis libérée de cette peur et je me suis détendue physiquement et moralement et au moment de sa propre prise de parole, on se sent plus responsable, et le groupe se construit. Il y a eu, avec le groupe des étudiants du DU, une autre façon de faire groupe, j’ai senti un soutien fraternel qui s’est poursuivi après l’atelier.

Quand je vous ai reconnue à ce stand, j’ai tenu à venir vous dire tout ça ! Merci ! »

 

2) - Ces témoignages sont des réponses faites par des collégiens à la question " Comment ça s'est passé pour vous ? " qui ouvre le 2ème temps des Ateliers de Philosophie AGSAS

 

- C’est bien ! Dans la vie de tous les jours, on ne se pose pas la question, on croit qu’on sait.

- On découvre des choses auxquelles on n’a jamais pensé.

- Choisir un mot et en parler comme ça, on ne fait pas ça en classe.

- J’ai découvert quelque chose sur le bonheur, sans le savoir. J’ai découvert que le bonheur ce n’est pas que la richesse, c’est la

   richesse dans le cœur, avec ses amis.

- Ce sont des échanges constructifs, cette façon de s’exprimer différente des uns et des autres.

- C’est une discussion animée qui ouvre de nouveaux horizons

- Je trouve que la discussion a été d’une grande richesse.

- Il y a des mots, je ne sais pas leur définition et ça m’aide à la connaître.

- C’est très intéressant, c’est une autre manière de vire en classe, de voir les choses, comme une perle sur le fil de la vie.

- Ça oblige à travailler son esprit, on apprend plein de choses sur nous-mêmes, on arrive mieux à s’exprimer, on se sent plus libre.

- Le fait que vous n’intervenez pas, ça nous donne un espace vaste pour dire ce qu’on pense.

- C’est vrai que ça nous donne plus de liberté, si on faisait ça avec un prof qui enseigne la philo, qui prendrait la parole, on serait

  influencé par ce que disent les profs, ils ont de bonnes idées et on serait influencé par ces idées, ce ne serait pas comme ici où

  les idées naissent en nous, au fond de nous. J’ai l’impression que j’apprends plus comme ça.

 

- On se sent intelligent.

- On est mieux dans sa peau dans les cours.

- Ça m’a permis de m’exprimer courageusement.

- On se sent plus intelligent, on peut rêver sur le mot.

- Pour moi, au début je n’avais rien dans la tête. Quand j’ai écouté tous mes camarades j’ai changé d’avis. Même moi, j’ai parlé. Je

  ne pensais pas parler sur le bonheur. Maintenant je pense que c’est une chose formidable !

- J’avais une réponse mais je ne savais pas comment l’exprimer, mais comme les autres parlaient, j’ai vu que ça ressemblait à

  ma réponse et alors j’ai pu prendre la parole.

- On se sent tellement libre de parler qu’on se rend compte qu’on est capable de dire des choses qu’on ne pensait pas pouvoir

  dire.

- Après un atelier de philosophie, je me sens intelligente (Adulte)

 

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