École des quatre langages 

" Une école pour apprendre et grandir en humanité "  


Le 2 octobre 2002, au colloque "L'école, avis de tempête" (Paris), le psychanalyste Jacques Lévine déclarait :

 " L'école se présente actuellement comme un tableau sans nom. Nous sommes encore dans un séisme. Quelque chose de nouveau apparaît, nous assistons à la naissance de plusieurs peuples scolaires. Nous sommes en panne devant cette diversité, toutefois, nous devons garder l'espoir. " 

 

S'appuyant sur deux de ses maîtres, le pédagogue Célestin Freinet et le psychologue Henri Wallon, Jacques Lévine [1] proposait alors de mettre en place une école multi-nutritionnelle définie en opposition avec le système traditionnel qui privilégie l'abstraction, les capacités verbales et logico-mathématiques au détriment des autres formes d’intelligences. Il nous invitait à penser autrement l'école, en mobilisant et développant sans les hiérarchiser :

· l'intelligence des situations qui correspond à l'art de chercher à comprendre ce que nous dit le monde par ses écrits, ses discours, ses actions, son histoire, ses objets, ses œuvres d'art…

· l'intelligence des réalisations. L’enfant a besoin de s'imprégner du savoir faire des autres et de se regarder dans le miroir de ses œuvres pour y lire sa valeur. Pour les enfants « concrets » qui sont probablement majoritaires, l'observation, la réalisation pratique est le moyen naturel d’accéder à la pensée abstraite ; c’est le meilleur moyen de la valoriser ;

· l'intelligence des relations. Elle implique une capacité d'identification à l'autre pour comprendre les raisons de ses conduites, en même temps qu'un savoir sur ce qui se fait, ne se fait pas, le licite et l'illicite, le possible réaliste et le désir magique ;

· l'intelligence des talents personnels et des curiosités. Elle s'alimente d'intérêts souvent extra scolaires (corporels, scientifiques, esthétiques, domestiques). Elle engage une inventivité artistique, manuelle, technique qui permet, elle aussi, au sujet de se sentir en découverte de soi-même et en expansion.

 

" Il faut cesser de considérer les problèmes d’échec ou de réussite scolaires de façon étroite. Nous savons qu’une image de soi positive, valorisée, permet une adhésion forte aux apprentissages. Car si l’enfant est suffisamment fier d’un statut d’enfant ”interlocuteur valable”, reconnu comme capable de réfléchir sur l’existence, il est certain que, dans le cadre d’une pédagogie plus diversifiée, il passera plus facilement du camp des perdants au camp des gagnants, d’un sentiment de refus des apprentissages à celui de l’envie d’apprendre, et du camp des démotivés à celui des motivés"

La visée de cette école est de combiner la croissance du groupe, le sentiment d'appartenance à la communauté scolaire et le développement des potentialités et curiosités de chacun.

 

Un étayage théorique...

En 1946, Henri Wallon déclarait déjà : " L'école doit utiliser l'enfant tout entier ; ne plus l'amputer de ses bras et de ses jambes soi-disant au profit du seul cerveau qui pense ". À la suite de Jean Piaget, des psychologues ont développé l'idée que l'intelligence est un processus, un échange constant entre un être sensible et pensant qui interagit constamment avec son milieu. Les neurosciences nous permettent de mieux connaître le fonctionnement du cerveau et des facteurs de réussite, mais personne ne peut nier l'importance fondamentale de l'environnement, des émotions et du plaisir pour apprendre à l'école.

" Il existe au moins quatre sortes de plaisirs de croissance : le plaisir de penser ; le plaisir d'exprimer sa pensée ; le plaisir de lire la pensée des autres, pas forcément, au départ, sous la forme de textes ; le plaisir d'écrire ou de figurer par des moyens divers ce que l'on pense… Lorsque des enfants n'ont pas trouvé ces plaisirs dans leur famille, ils ont besoin que l'école les leur procure... Réinstaller ces plaisirs implique que l'enseignant sache adopter une attitude d'ouverture, de disponibilité, une véritable capacité à narcissiser l'enfant, ce qui n'a rien à voir avec de la séduction ou de la démagogie. Il s'agit de savoir rompre avec l'idée ”d'apprentissage tout de suite”. "

 

[1]  Jacques Lévine, Michel Develay, Pour une anthropologie des savoirs scolaires, édition ESF, Paris, 2003.

Des principes éthiques...

 

L’AGSAS (Association des Groupes de Soutien Au Soutien) s'applique à promouvoir, à l’intérieur de l’école, certains principes, parmi lesquels : 

·   Le respect inconditionnel dû à la personne humaine, quel que soit son statut et quel que soit son âge. 

·   La reconnaissance de chaque élève, chaque partenaire, comme sujet porteur d'une parole et d'un désir singuliers, inscrit dans une histoire intergénérationnelle. 

·   Une dynamique d'empathie et la confiance en l’autre et en son évolution toujours possible.

·   La valeur de la parole et de la confrontation des pensées, dans un esprit d'ouverture, de solidarité, de coopération et d’humilité.

·  Ces principes impliquent d'avoir le souci de tous, notamment des plus fragiles, et de considérer chacun – enfant, adolescent, parent, professionnel – comme « interlocuteur valable ».

 

Des pratiques…

 

Pour la classe

·  Les dispositifs proposés par l’AGSAS visent le développement d’une pensée humaniste : Ateliers de Réflexion sur la Condition Humaine (ARCH) qui regroupent les Ateliers de Philosophie AGSAS, les Ateliers Psycho-Lévine, les ateliers d'interrogation collective, la Lettre à un ami ou une amie…

 

Pour l’école et les familles

·  Des dispositifs fondés sur la coopération et la co-réflexion comme les Conseils d’élèves, les ateliers d’écriture et de création, la correspondance scolaire, les enquêtes, les expériences scientifiques, les marchés de connaissances, " Lire le monde ", " Les papothèques ", " On joue ensemble "…

 

Pour les professionnels de l’école

·  Les Groupes de Soutien Au Soutien, où les professionnels préoccupés par la souffrance des personnes, enfants ou adultes, peuvent réfléchir en groupe, avec un animateur formé à la méthode de l’AGSAS, aux situations qui leur posent problème. À l’instar des groupes d’analyse de pratique, cette co-réflexion permet de penser " l’autrement que prévu " et de se donner les moyens de comprendre et d’agir. Ce travail constitue une formation à la relation où l’on apprend à développer " un système de pensée de l’autre ".

 

Document finalisé au séminaire AGSAS du 3 février 2019

Pour compléter

Pour une école des quatre langages...

Dominique Sénore (Éditions Célestines)

 

Un petit livre à imprimer et à fabriquer !

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Depuis longtemps, l'école de Saint-Didier-sous-Riverie s'inspire de "l'école des quatre langages".

Saint-Didier-sous-Riverie fait maintenant partie de la commune de Chabanière, qui a baptisé sa nouvelle école  

École Jacques Lévine



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